En Amérique Latine, le prosélytisme d'Hugo Chavez a atteint ses limites

Por Venezuela Real - 15 de Junio, 2006, 15:38, Categoría: Prensa Internacional

L'analyse de Pierre Rousselin *

13 juin 2006, (Rubrique Opinions)

Hugo Chavez a trouvé au Pérou les limites de sa grandiose révolution bolivarienne pour l'Amérique latine. Malgré tous ses efforts et ses pétrodollars, le dirigeant populiste vénézuélien n'a pu faire élire son poulain Ollanta Humala qui, comme lui et son compère bolivien Evo Morales, s'était fait le chantre de l'«anti-impérialisme» radical.


La vague chaviste qui semblait devoir déferler sur le continent s'est brisée avec l'élection le 4 juin à Lima d'Alan Garcia, vieux cheval de retour social-démocrate. Après un premier mandat catastrophique (1985-1990), le nouvel élu s'est montré pendant la campagne assez madré pour retourner contre son auteur la rhétorique révolutionnaire de Chavez. En qualifiant d'«impérialistes» les interventions du Vénézuélien dans le débat électoral péruvien, Alan Garcia a joué la carte nationaliste, ouvrant une crise diplomatique entre Lima et Caracas qui lui a bien servi.


La manoeuvre a été imitée au Mexique par le candidat conservateur aux présidentielles du 2 juillet. Depuis qu'il dépeint son rival de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, sous les traits d'un émule de Chavez, le candidat du Parti d'action nationale (PAN), Felipe Calderon, a comblé son retard dans les sondages. Au Nicaragua, l'argent de Chavez risque de ne pas suffire à faire élire en octobre l'ancien sandiniste Daniel Ortega et à ramener le pays plus de quinze ans en arrière.


Avec pour modèle le «Libertador» Simon Bolivar, Chavez prétend libérer l'Amérique latine de l'impérialisme nord-américain. La nationalisation des hydrocarbures annoncée le 1er mai en Bolivie par Evo Morales a été une première extension du «modèle» chaviste hors des frontières du Venezuela. Première audace, premier accroc. En frappant les compagnies pétrolières internationales, la nationalisation a surtout pénalisé la Pétrobras brésilienne, suscitant les réserves du président Lula, jusque-là en bons termes avec Chavez. Stimulé par l'élection de son ami Morales en Bolivie, Hugo Chavez s'est mis à appliquer dans les faits son discours révolutionnaire alors qu'il avait pris soin de maintenir un prudent pragmatisme économique contrastant avec la virulence de ses attaques verbales contre les États-Unis.


En annonçant avec fracas que le Venezuela quittait la Communauté andine des nations (CAN), le dirigeant vénézuélien s'est isolé sur la scène latino-américaine. Il s'est d'abord mis à dos ses anciens partenaires, le Pérou, l'Equateur, la Colombie, et même la Bolivie d'Evo Morales, qui, après quelques hésitations, a refusé sur ce point de suivre la voie indiquée par son mentor.


Hugo Chavez, dont l'idéologie «bolivarienne» vise en principe à l'intégration de l'Amérique latine, a fait tout le contraire en sabordant la Communauté andine. Il l'a fait sous prétexte que la Colombie et le Pérou ont signé des traités de libre-échange avec les États-Unis, l'Equateur n'ayant pas fini de négocier son propre traité bilatéral. Pour Chavez, de tels accords ne peuvent que servir «l'impérialisme» des États-Unis et leur projet d'une vaste Zone de libre-échange des Amériques. Il y oppose son cartel idéologique baptisé Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba) qui rassemble Cuba, le Venezuela et la Bolivie et auquel se serait joint le Pérou si Alan Garcia ne l'avait pas emporté à la présidentielle.


Les Latino-Américains ont beau ne pas porter les États-Unis dans leurs coeurs, ils savent où sont leurs intérêts. Exiger qu'ils renoncent à des accords leur donnant accès au marché nord-américain pour un mirage révolutionnaire n'a guère de sens, même quand le pétrole vénézuélien, vendu – en majorité aux États-Unis – au prix de 70 dollars le baril, peut acheter bien des allégeances. Et surtout lorsqu'il s'agit de petits pays, comme le Pérou, l'Equateur ou la Colombie, qui dépendent de leurs recettes d'exportation et n'ont pas des quantités d'or noir à déverser sur le marché mondial.


La décision de Hugo Chavez de rejoindre le Mercosur d'ici à la fin 2006 avait été applaudie au sommet de Mar del Plata, en décembre 2005. A l'époque, l'intégration latino-américaine semblait sur les rails. En s'agitant beaucoup au cours des derniers mois, le chef de la révolution bolivarienne a réussi à inquiéter les deux géants du sous-continent, le Brésil et l'Argentine, peu pressés de le voir se mêler des affaires du cône Sud, leur chasse gardée. «Ce n'est pas le Mercosur qui doit s'adapter au Venezuela mais le Venezuela qui doit s'adapter au Mercosur», a déclaré le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim.


Trop occupée par l'Irak, l'Iran, le Proche-Orient, la Russie et la Chine, la diplomatie américaine laisse faire, peu concernée par ce qui se passe en Amérique latine. Après avoir maladroitement soutenu le coup d'État avorté contre Chavez, en avril 2002, elle n'a guère de choix. D'autant plus que la rhétorique enflammé du caudillo vénézuélien ne les gêne pas vraiment tant que Caracas continue de leur fournir son pétrole. Jusqu'à l'élection d'Alan Garcia au Pérou, Hugo Chavez se sentait pousser des ailes. Il faisait campagne pour que les pays de la région soutiennent la candidature de son pays au Conseil de sécurité de l'ONU, au siège que l'Argentine va libérer en octobre. L'autre pays représentant l'Amérique latine étant en ce moment le Pérou, une victoire d'Humala aurait permis de créer un bloc anti-Etats-Unis. C'est maintenant compromis. Les États-Unis peuvent être soulagés compte tenu de l'appui apporté par Caracas au programme nucléaire iranien.


Hugo Chavez vient de prendre livraison des premières Kalachnikov dont il a commandé 100 000 exemplaires à la Russie. Il annonce vouloir créer de toute pièce une industrie cinématographique pour combattre «la dictature de Hollywood». Le nouveau Simon Bolivar donne l'impression d'en faire un peu trop.


* Directeur adjoint de la rédaction

 





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