Dans la tête d'Hugo Chavez

Por Venezuela Real - 3 de Diciembre, 2006, 11:53, Categoría: Prensa Internacional

Axel Gyldé
L'Express
03 Decembre, 2006

A la veille de sa probable réélection, le narcissique président du pays de Bolivar rêve d'exercer une influence planétaire. Enquête sur les ressorts cachés d'un «révolutionnaire» longtemps sous-estimé.

Débaptiser, rebaptiser, modifier les noms des routes, des autoroutes, des ponts, des barrages hydroélectriques et, même, du pays tout entier, devenu république «bolivarienne» du Venezuela: telle est la dernière lubie du colonel-président Hugo Chavez. Tout récemment, pour ne citer qu'un exemple, le chef de l'Etat, candidat à sa propre succession lors des élections du 3 décembre, a fait déboulonner la statue de l'ex-président Romulo Betancourt, dans un jardin public dédié à sa mémoire, appelé désormais parc de l'Est-Francisco de Miranda, du nom d'un général du XIXe siècle, héros de l'indépendance latino-américaine. Aux yeux du bouillant Chavez, le jardin tropical où les promeneurs de Caracas aiment musarder parmi les broméliacées, les plantes mangeuses d'insectes et les arbres géants, ne devait plus porter le nom du «père de la démocratie vénézuélienne», un civil qui plus est.

Betancourt (1959-1964) isola jadis Fidel Castro sur la scène diplomatique latino-américaine en l'expulsant de l'Organisation des Etats américains (OEA), après que le Lider maximo eut entrepris d'exporter sa révolution sur le continent, y compris au coeur de la jeune démocratie vénézuélienne. Ceci explique sans doute cela.

«Romulo Betancourt" Je le compare à Hitler», assène Juan Barreto, 47 ans, avec une outrance qui est devenue la norme dans l'entourage d'Hugo Chavez. D'après cet idéologue, ancien journaliste, aujourd'hui maire de Caracas, pas moins de 30 000 combattants d'obédience castriste auraient disparu sous Betancourt. En réalité, selon les historiens marqués à gauche et les protagonistes de l'époque, moins de 2 000 personnes, guérilleros ou militaires, furent alors tuées dans des confrontations déclenchées par les rebelles.«Chavez récrit l'Histoire, fait table rase du passé et veut faire croire que tout commence avec lui, observe l'écrivain Teodulo Lopez Melendez. Même à Miraflores, le palais présidentiel, il a fait décrocher les portraits de ses prédécesseurs civils.»

Convaincu d'être prédestiné à l'accomplissement de grandes choses et mû par un désir de célébrité qui remonte à l'enfance - il voulait être champion de base-ball - le lieutenant-colonel Chavez construit tous les jours sa propre légende. «Son drame, c'est qu'il n'a renversé ni Batista, ni Somoza, ni aucune dictature, note son biographe Alberto Barrera Tyszka, coauteur de Chavez sin uniforme.

La révolution vénézuélienne a beaucoup de pétrole mais peu d'épopée, comme l'a dit un ex-président brésilien. Alors, pour compenser, Chavez donne dans le grandiose. En août 2005, il a dit qu'il lui incombait de ³sauver la planète². Et il ne cesse de répéter que George W. Bush veut l'assassiner. Car, enfin, de quoi aurait-il l'air s'il n'était pas traqué par la CIA?»

Dans le monde réel, le rival immédiat d'Hugo Chavez s'appelle Manuel Rosales. Agé de 53 ans - un de plus que Chavez - celui-ci gouverne l'Etat du Zulia (ouest), le plus riche du pays, car il concentre 48% de la production pétrolière. Politicien chevronné, jamais battu à une élection locale depuis vingt-sept ans, c'est ce candidat social-démocrate qui porte les couleurs de l'opposition vénézuélienne. Après huit années de querelles intestines et de cafouillages, ponctuées d'une grève générale de trois mois et d'un coup d'Etat qui évinça Chavez pendant quarante-huit heures, les adversaires du leader de la «révolution bolivarienne» sont enfin unis et organisés.

Pour la première fois depuis son accession au pouvoir, en 1998, la machine Chavez donne des signes d'essoufflement. En dépit d'enquêtes d'opinion favorables au président sortant - et sujettes à caution, dans ce pays où le gouvernement donne avec insistance des consignes de vote à ses fonctionnaires - Hugo Chavez n'est pas parvenu à mobiliser ses «bataillons de campagne» autant qu'il l'espérait. Et il n'est plus le seul maître de la rue: «Le charisme, c'est comme le savon, cela finit par s'user», résume Teodoro Petkoff, ancien guérillero, aujourd'hui directeur du quotidien Tal Cual et stratège de la campagne de Rosales. «Notre campagne s'est focalisée sur les problèmes concrets des gens, comme la persistance du chômage, l'aggravation de la criminalité, l'incapacité à produire des logements, et enfin la corruption qui mine les programmes sociaux, dont nous ne contestons d'ailleurs pas le principe», ajoute cet artisan de la résurrection de l'opposition.

Si Chavez est sur la défensive, il est pourtant loin d'avoir dit son dernier mot. Orateur hors norme, le président est en effet devenu le meilleur télévangéliste de l'Amérique latine. Sa religion? Le chavisme, bien sûr, qu'il superpose au culte du Libertador, Simon Bolivar, cette «religion laïque» que tous les caudillos vénézuéliens du XIXe et du XXe siècle ont utilisée pour subjuguer les masses. Omniprésent - à la télévision et dans les esprits - et omniscient - il parle de tout: histoire, mathématiques, science nucléaire, physiques - ce nouveau Messie possède même son propre programme dominical, Alo Presidente!, qui commences à l'heure de la messe. La liturgie est immuable. Installé derrière un pupitre de maître d'école, le prédicateur sermonne ses fidèles habillés de rouge, la couleur des chavistes, invoque le Christ, encense Che Guevara, conspue «el diablo» (George W. Bush) et affirme: «La révolution est amour.» L'instant d'après, pourtant, il brandit un poing de boxeur:

 «L'opposition, il faut la réduire en poussière!» s'époumone-t-il. La classe moyenne qui, en 1998, l'avait porté au pouvoir? C'est, selon lui, «une bande de contre-révolutionnaires racistes». Peu importe si elle représente l'une des plus métissées du continent... Quant aux journalistes qui critiquent la révolution, ce sont, au choix, des «ordures apatrides», des «traîtres irresponsables» ou des «laquais de l'impérialisme». «Voilà comment des supporters de Chavez, dépourvus de haine au départ, finissent par agresser spontanément des confrères», se désole le journaliste Rafael Osio Cabrices, auteur d'El horizonte encendido, un livre-reportage sur les crises sociales en Amérique latine. «Mais
 reprend-il, la police n'intervient pas, car ce tabassages sont, selon les autorités, l'expression de la sacro-sainte volonté populaire.»Ce n'est pas faire insulte aux chavistes de dire que leur leader est un populiste invétéré: lui-même le revendique. «Nous disons: ¡Viva el populismo! ''» confirme le maire de Caracas, Juan Barreto, pour qui le chavisme peut se résumer à deux slogans: «Tout le pouvoir au peuple» et «Avec Chavez, c'est le peuple qui décide». «La transition vers une société plus juste, ajoute cet idéologue affable, requiert une rupture radicale avec l'élite corrompue ainsi que la mobilisation des masses, la création d'une identité collective autour de symboles comme Simon Bolivar, et un leader fort.»


 De Tripoli à Damas, Chavez est considéré comme un frère Faut-il avoir peur de Chavez? Pour Alberto Garrido, auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, l'opinion internationale s'est trompée en sous-estimant le président vénézuélien: «Il n'est pas arrivé au pouvoir par accident. Son programme de gouvernement, mûrement réfléchi, vient de loin.»


Un rappel historique s'impose: après l'échec de la lutte clandestine armée, dans les années 1970, la guérilla vénézuélienne infiltre les rangs des militaires, qui ont la particularité d'être depuis longtemps sensibles aux questions sociales e perméables aux idées de gauche. Résultat, en 1983, le lieutenant Chavez entre en contact avec l'ancien guérillero Douglas Bravo, dont les thèses le séduisent. Selon Bravo, la révolution bolivarienne doit s'accaparer les richesses pétrolières nationales, afin de les redistribuer aux pauvres, et s'en servir, par ailleurs, comme d'une arme stratégique sur la scène mondiale.

Après les émeutes de la faim en 1989 (le fameux Caracazo), le colonel tankiste Chavez tente, le 4 février 1992, un coup d'Etat qui échoue. Libéré de prison en 1994, il fait la rencontre d'un deuxième maître à penser, aujourd'hui défunt: Norberto Ceresole. Cet Argentin d'extrême droite, antisémite, révisionniste, tient Mussolini, Peron et les leaders arabes pour des modèles absolus et la démocratie occidentale en piètre estime. En janvier 1999, immédiatement après le premier triomphe électoral de Chavez, il analysait ainsi le cas vénézuélien: «L'élection démocratique d'un leader putschiste a peu d'antécédents dans l'histoire mondiale. C'est pourquoi le modèle vénézuélien ne ressemble à rien de connu: il n'est ni démocratique ni antidémocratique, mais post démocratique. L'idéologie et le parti n'ont pas joué un rôle prépondérant.»

Outre Bravo et Ceresole, Fidel Castro est le troisième tuteur d'Hugo Chavez. Le leader cubain lui a fourni le personnel technique - médecins, instructeurs, militaires - indispensable à la mise en oeuvre de sa politique sociale, d'éducation ou de sécurité. Il lui a fourni ses précieux réseaux internationaux, aussi, qui l'aident à propager son «socialisme du XXIe siècle» en Amérique latine, ainsi que dans le monde musulman. De Tripoli à Damas, Chavez est considéré comme un frère, non seulement en raison de son soutien affiché au Hezbollah libanais, mais aussi du fait de son alliance stratégique avec l'Iran, auquel le Venezuela pourrait un jour vendre l'uranium nécessaire au développement de son programme nucléaire. En outre, s'il en avait les moyens, nul doute que le président vénézuélien libérerait l'économie nationale de sa dépendance vis-à-vis du marché pétrolier américain, qui représente plus de la moitié des exportations de brut vénézuélien.

En attendant, les pétrodollars coulent à flots sur la patrie de Bolivar, qui mérite à nouveau son surnom de «Venezuela saoudite». Le pays de 26 millions d'habitants connaît un nouveau boom économique, comparable à celui des années 1970. Cette année, record absolu, quelque 300 000 voitures neuves auront été vendues. Et 25 nouveaux centres commerciaux, les «cathédrales» de ce maudit capitalisme tant décrié par Chavez, sont en construction. A en croire la rumeur de Caracas, où tout finit par se savoir, la nomenklatura acquiert ces jours-ci de magnifiques propriétés dans les quartiers huppés de la capitale, ainsi que dans l' «empire du mal», à Miami. Ce qui explique pourquoi certains assurent que les chavistes ont mis en oeuvre la première révolution virtuelle desHistoireS.

Le pays semble hypnotisé par cette telenovela baroque Est-ce si sûr? Selon l'analyste Alberto Garrido, les vrais problèmes pourraient commencer en 2007, après la réélection présidentielle: «Selon Chavez, la révolution se trouve actuellement dans une phase transitoire.Mais à partir de l'année prochaine s'ouvrira ce qu'il appelle "la phase de la transformation socialiste pour toujours''.

 D'ailleurs, il a déjà annoncé son intention de procéder à des aménagements constitutionnels qui lui permettraient d'être réélu indéfiniment.» De quoi perpétuer le climat de tension permanente qui électrise le pays depuis déjà huit ans...

C'est d'ailleurs la botte secrète de Chavez: par ses déclarations fracassantes et ses audaces médiatiques, le chef de l'Etat fabrique du suspense et une incertitude constante. L'un et l'autre sont plutôt éprouvants pour les nerfs.

 Comme le dit l'humoriste Claudio Nazoa: «Cela fera bientôt une décennie que le pays est vissé devant son téléviseur, comme hypnotisé par cette telenovela baroque. Personne ne peut s'absenter trois minutes pour aller pisser, de peur de louper la fin du film.»





TOME NOTA
de la dirección del
Nuevo Portal Principal

www.venezuelareal.org

Más información ...

Calendario

<<   Diciembre 2006  >>
LMMiJVSD
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31

Archivos

Suscríbete

Escribe tu email:

Delivered by FeedBurner

Sindicación

Alojado en
ZoomBlog