Chávez met les étudiants dans la rue

Por Venezuela Real - 14 de Junio, 2007, 21:32, Categoría: Prensa Internacional

Jean-Hébert Armengaud
Liberation - France
12 juin 2007

Avant de commencer, «on attend Stalin». 

Faute de local adéquat, la réunion des élus étudiants s’improvise sur un rectangle d’herbe du campus de l’Université centrale du Venezuela (UCV), la plus importante du pays, 35 000 élèves à Caracas, des milliers d’autres dans les filiales de province. La grosse cinquantaine d’étudiants, chacun représentant un des différents cursus de l’université publique, est venue débattre de la suite à donner au mouvement de protestation qui se propage depuis quinze jours dans le pays. Ils attendent Stalin Gonzalez, parce qu’il est l’élu des élus, le président de la fédération étudiante de toutes les facs de l’UCV. «Ma mère voulait même m’appeler Stalin José, comme –Joseph, c’est mon grand-père qui l’a freinée. Mes deux sœurs ont comme deuxièmes prénoms Ilitch et Engels.»  Lui-même, 26 ans, en quatrième année de droit, a longtemps milité à Bandera Roja («drapeau rouge»), un petit parti de l’extrême gauche vénézuélienne. Sa mère travaille dans une imprimerie, son père est responsable du syndicat national des arts graphiques. «Et j’ai grandi à Catia  [un des quartiers les plus pauvres de Caracas, ndlr], alors quand le président, Hugo Chávez, nous traite de gosses de riches vendus à la CIA, ça tourne au délire.»

«Pas d’organisation». 

Entre l’autoritaire Hugo Chávez et les étudiants de l’UCV comme des autres universités du pays, publiques ou privées, rien ne va plus. Simple fronde condamnée à durer jusqu’aux prochaines vacances d’été, aux alentours du 15 juillet ? Ou début d’une révolte qui pourrait faire trembler le tout-puissant Chávez, réélu le 3 décembre avec 63 % des voix ? Depuis, il y a eu l’affaire RCTV, Radio Caracas Televisión, de loin la première chaîne du pays (40 % d’audience). Parce qu’elle était trop virulente envers le chef de l’Etat, celui-ci lui a retiré sa concession. Le 27 mai à minuit, RCTV a cessé d’émettre, remplacée par une chaîne de service public aux ordres. Le lendemain, les étudiants étaient dans la rue, massivement, pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Chávez, il y a huit ans. Ils y sont toujours. «D’où sortent-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi maintenant ? Personne ne sait. Ils n’ont pas encore de véritable coordination nationale, pas d’organisation. Leurs seules armes, ce sont Internet et les SMS»,  résume le sociologue José Antonio Gil, président de l’institut d’opinion Datanalisis. Sur le rectangle d’herbe du campus de l’UCV, les discussions sont vives autour des «objectifs à long terme»  du mouvement, sur «la stratégie et l’organisation»  , sur les «nouvelles revendications».  Très applaudi, un représentant des étudiants de médecine rappelle «le danger d’une quelconque récupération politique : nous ne sommes ni dans un camp ni dans l’autre»,  ni avec Chávez, ni avec une opposition politique discréditée, émiettée dans ses divisions.

Les quelques hommes politiques qui ont tenté de rejoindre les cortèges d’étudiants se sont faits lourder. L’affaire RCTV n’a été qu’un –détonateur. La répression des toutes premières manifs a fait –monter la tension. Près de 300 étudiants ont été arrêtés en deux jours. Tous ont été libérés depuis, mais ils font l’objet de poursuites et soumis à un contrôle judiciaire. L’abandon des poursuites est désormais une des principales revendications du mouvement. «Il y a aussi le droit à manifester,  explique Stalin, alors que les autorités ne cessent de nous mettre des bâtons dans les roues dès que nous les informons, comme il se doit, du parcours d’une manifestation.»  Il y a moins d’une semaine, les étudiants ont été bloqués par la police à la sortie de l’UCV, faute d’autorisation officielle, refusée, sans raison, à la dernière minute : «Que le pouvoir ait au moins la dignité de respecter sa propre constitution !»  ajoute le leader étudiant. Le pouvoir vénézuélien, en l’occurrence Hugo Chávez, a réagi comme à son habitude face aux crises, en serrant les rangs de sa –révolution bolivarienne, celle d’un «nouveau socialisme». «Il y a le Bien et il y a le Mal,  lançait encore dimanche le Comandante. Il n’y a que deux positions : la nôtre et celle de l’opposition.»  Il n’y a pas de révolte étudiante, juste des «pions, des valets de l’empire nord-américain»  qui défendent «une télévision capitaliste, une infection [.] qui tentait d’empoisonner nos enfants [.] avec ses valeurs capitalistes et égoïstes».  Les étudiants «sont manipulés par ceux qui veulent abattre notre gouvernement [.]. C’est un coup d’Etat soft mené par les Etats-Unis».

«Usés».  «Après huit ans de Chávez, les étudiants d’aujourd’hui n’ont connu que ce genre de discours, en tout cas depuis leur éveil au monde politique,  analyse Andrés Canizales, professeur de communication à l’université catholique Andrés Bello. Un discours qui ferme automatiquement toute possibilité de critique, un discours qui ne veut entendre que des applaudissements, un discours qui trahit la mentalité militaire de Chávez, la nature militaire de son régime. Mes élèves sont majoritairement apolitiques, mais ce discours de confrontation perpétuelle les a usés.» 

 Pour durer, le mouvement étudiant a décidé d’espacer les manifestations, et tente d’inventer, entre chaque défilé,, entredeux d’entre elles, des actions plus symboliques. Ce week-end, des petits groupes parcouraient les centres commerciaux, le métro ou les grandes avenues bâillonnés et montrant des pancartes aux passants : «Nous travaillons juste pour votre liberté d’expression. Nous ne voulons pas le départ de Chávez, nous ne réclamons pas d’élections anticipées,  explicite Yon Goicoetchea, 24 ans, étudiant en droit, autre leader du mouvement. Mais le président a concentré tous les pouvoirs.Le Parquet général mais aussi le Tribunal suprême ou le Bureau du défenseur du peuple, pour ne citer qu’eux, dépendent de lui seul. Nous voulons juste dire que ce n’est pas à l’Etat de fixer arbitrairement la limite de nos libertés civiques. Et que nous en avons assez de nous faire traiter de traîtres vendus à l’empire juste parce que nous voulons manifester.» 

 La rébellion étudiante risque de se prolonger, voire de s’envenimer, si Chávez mène à bien son projet de mettre fin à l’autonomie des universités. Celles-ci ont toujours pu gérer en toute indépendance leur budget, et ce sont les professeurs, avec une partici–pation des étudiants, qui élisent le pré–sident. «Résultat ?  explique Andrés Canizales. Chávez n’a jamais eu de relais dans le monde de l’université. Les présidents, les élus étudiants ne sont pas à sa botte. Dans un discours au début de l’année, il citait comme derniers réduits de l’opposition les médias et les universités.»  Avec la fermeture de la télévision RCTV, l’autocrate vénézuélien a fait taire les médias. Désormais, de peur de perdre leur concession, les principales chaînes de télé et les radios mettent leurs critiques en sourdine. Reste l’université. Le bras de fer n’a fait que commencer, dans la rue, ces jours-ci.







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