La tentation cubaine de Hugo Chavez

Por Venezuela Real - 19 de Noviembre, 2007, 16:41, Categoría: Prensa Internacional

Renaud Girard
Le Figaro - France
19 Novembre, 2007

Attendu demain à Paris, le président vénézuélien doit rencontrer Nicolas Sarkozy pour évoquer le sort d’Ingrid Betancourt.

Fidèle à son habitude, Hugo Chavez a provoqué quel-ques remous au sommet de l’Opep, samedi à Ryad, en déclarant que l’organisation «devrait s’établir comme un agent géopolitique actif». Le président vénézuélien sera en visite officielle en France demain. Il déclarait vendredi, dans Le Figaro, qu’il avait de «bonnes nouvelles pour Nicolas Sarkozy» au sujet d’Ingrid Betancourt. Nous l’avons suivi en campagne pour le référendum constitutionnel du 2 décembre prochain.

Les américains n’ont vraiment pas de chance. Ils en avaient presque fini, pour cause de maladie, avec Castro, et voilà que, dans les mêmes Caraïbes, un autre leader charismatique a repris le flambeau de la «lutte anti-impérialiste».

Président du Venezuela depuis 1998, le Commandante Hugo Chavez, qui ne fume pas et ne boit que du café, a une santé de fer. Ce mardi 13 novembre au soir, revêtu de sa chemise rouge de militant socialiste bolivarien, juché sur un camion fendant une foule extatique de partisans, le visage radieux et le poing levé, il ne fait pas du tout ses 53 ans. Roulant au pas, précédée d’un camion de télévision filmant et transmettant en direct l’événement, la «grande caravane» présidentielle n’en finit pas de traverser les faubourgs populaires de Barquisimeto, quatrième ville du pays (400 km à l’ouest de Caracas). Chavez est venu faire campagne pour le oui au référendum qu’il a convoqué pour le 2 décembre, aux fins de modifier la Constitution.

Plus doué que le meilleur des télévangélistes américains

L’organisation est impressionnante. Tous les deux cents mètres, il y a un stand d’une des innombrables institutions «révolutionnaires» créées depuis les quatre dernières années, et financées directement par le palais présidentiel avec l’argent du pétrole. Tous les jours que le bon Dieu fait, la République bolivarienne du Venezuela perçoit quelque 200 millions de dollars de la manne pétrolière. «Mission Che Guevara, j’appuie le président !», hurlent, sur un rythme de samba, les militants chargés de conscientiser les masses populaires aux idéaux révolutionnaires.

«Si, si, si, con Chavez !» («oui, oui, oui, avec Chavez»), chantent, en se balançant, les militants et militantes de la mission Robinson. Baptisée du nom du précepteur de Simon Bolivar, le héros de la guerre d’indépendance du début du XIXe siècle, la mission Robinson est chargée d’aller alphabétiser les barrios, les quartiers populaires.

Service d’ordre parfait, une chaîne humaine de jeunes gens en chemise rouge entoure la caravane présidentielle. Ils appartiennent au Commando Zamora (du nom d’un chef révolutionnaire de la guerre civile de 1859), organisation électorale du mouvement chaviste, à laquelle sont tenus d’adhérer tous les élus, nationaux ou locaux, partisans du président.

Dans la foule, des banderoles proclament «la patrie, le socialisme ou la mort», des drapeaux rouges portent l’effigie de Lénine, des portraits de George Bush sont affublés de la mention «terroriste». On entend des détonations. Chavez ne bronche pas. Ce sont des feux d’artifice, tirés au-dessus de la caravane. «La sécurité du président ? C’est le peuple entier qui l’assure !», explique un militant du Commando Zamora.

Une fois le show populaire terminé, Chavez remonte dans sa limousine et le convoi présidentiel file à toute allure sur l’avenue centrale de Barquisimeto, dont les accès latéraux ont été barrés par la police. Direction : la principale station de télévision locale. On l’attend pour une interview en direct. Commençant à 19 h 30, elle va durer trois heures. Ce qui est peu pour Chavez, parleur impénitent. Il est vrai qu’en tout début d’après-midi, avant de s’envoler pour la province, il a déjà donné au palais présidentiel de Caracas une conférence pour la presse internationale, qui a duré quatre heures, et que toutes les stations de télévision du pays ont eu l’obligation de diffuser en direct…

L’incontinence verbale de Chavez ne ressemble pas à celle des discours fleuves de Castro, structurés par la vulgate marxiste. Plus doué que le meilleur des télévangélistes américains, Chavez offre toujours un grand show, nourri de digressions, savantes ou non, d’anecdotes, d’imprécations, de blagues. Ce mardi, il pénètre dans la salle de presse du palais Miraflores en costume sombre et cravate rouge, un bébé dans les bras ! Après avoir présenté à la nation son dernier petit-fils, «au visage aussi sérieux que celui d’un roi» dit-il en riant, le président le remet dans les bras de sa mère et se lance dans un commentaire sur la montée du prix du pétrole, un diagramme à la main. Il propose la création et le financement par l’Opep d’un «fonds humanitaire international», pour lutter contre la pauvreté et l’illettrisme en Afrique et en Amérique latine. Il dit qu’à Hobbes («l’homme est un loup pour l’homme»), il préfère l’enseignement du Christ, «l’homme est l’espérance de l’homme».

Alors qu’on lui a posé une question sur la défection du général Baduel (qui, loyaliste, avait fait échouer le coup d’État militaire de 2002 mais qui dénonce aujourd’hui le projet de réforme constitutionnelle), Chavez se lance dans une interminable digression sur la mort de Bolivar, «qu’ils ont assassiné», bien que tous les historiens affirment que le Libertador est mort de la tuberculose…

«Narcissismo-léninisme»

Dans le registre de l’imprécation, Chavez dénonce l’«arrogance» du roi d’Espagne (qui lui avait intimé l’ordre de se taire, la semaine dernière à Santiago du Chili lors du sommet ibéro-américain, après que le président vénézuélien eut qualifié de «fasciste» l’ancien premier ministre espagnol Aznar), et traite les étudiants de Caracas manifestant quotidiennement contre son projet constitutionnel de «de purs fascistes». En professionnel de la victimisation, il accuse les propriétaires des journaux d’opposition de «rechercher le sang comme Dracula», de jouer un «jeu dangereux», destiné à «justifier un coup d’État». «S’il y a ici une guerre civile, on offrira une occasion en or à l’impérialisme de nous prendre notre pétrole. Les impérialistes se fichent que la mer des Caraïbes se teinte de sang !», martèle-t-il.

Au premier rang de l’allée centrale de la salle de conférence présidentielle est posé un large écran plat de télévision, si bien que Chavez peut, en direct, se voir parler à la nation. «Un journaliste américain a qualifié le chavisme de narcissismo-léninisme. C’est pas mal vu», confie en souriant l’historien Manuel Caballero. «Mais, à mes yeux, Chavez n’est ni communiste, ni socialiste, ni humaniste, ni libéral, ni chrétien, ni musulman : il puise, selon les circonstances, dans toutes les idéologies, ensemble ou séparément, pourvu que ça lui permette de gouverner jusqu’à la fin de sa vie. Ce qu’il admire chez Fidel, ce n’est pas son idéologie, c’est sa longévité au pouvoir !»

Mais Chavez n’a que faire de l’opinion qu’ont de lui les intellectuels de son pays, car il sait que son éloquence fantasque plaît dans les barrios. Dans celui de La Vega, entassement sans urbanisme de cahutes en brique aux toits de tôle, perché sur une colline de l’ouest de la capitale, Chavez est perçu comme un père protecteur et nourricier, venu du peuple et proche du peuple. L’argent étatique du pétrole y fait des merveilles. Une casa de alimentacion y distribue des déjeuners chauds gratuits aux nécessiteux, sélectionnés de manière très large. Tenu par des médecins cubains, un dispensaire flambant neuf assure la gratuité des soins. Un mercal – supérette d’État irréprochable de propreté –, protégé par un garde armé de deux revolvers à la ceinture, y vend des produits d’alimentation de base subventionnés. Le sac de farine de maïs, qui sert à la confection des arepas (le plat national), y coûte deux fois moins cher que dans un supermarché privé du centre-ville.

Divorce total avec les étudiants

Chaviste au discours bien rodé, Carlos Ramirez, le jeune gérant du mercal, défend les innovations révolutionnaires, «qui rendent le pouvoir au peuple», du projet constitutionnel. Ce dernier crée des «comités de base», sortes de soviets court-circuitant les rouages administratifs traditionnels et financés directement par un fonds présidentiel. «À La Vega, nous avons de gros problèmes d’adduction d’eau», explique Carlos. «Nous pourrons créer un comité de base ad hoc, obtenir la validation de notre projet et régler la question sans passer par les circuits opaques de la municipalité, inefficaces et corrompus!»

Malgré toutes ses «missions» et ses investissements sociaux, le chavisme n’est pas encore parvenu à ce que la communauté de La Gueva sorte de son indolence assistée pour se prendre en main. Le terrain de jeux des enfants est envahi d’ordures, que personne n’a songé à enlever. Gouverneur de Caracas de 1974 à 1978, Diego Arria ne croit pas au succès de la politique sociale de Chavez : «Tout ça, c’est du vent ! Comment expliquez-vous que dans un pays jouissant d’une richesse sans précédent, la criminalité n’ait cessé de monter, 100000 morts violentes au cours des neuf dernières années ? En matière économique, nous avons le contrôle des changes et l’inflation la plus élevée du continent ! La corruption ? Elle est encore pire qu’avant, car les organismes de contrôle sont court-circuités.»

Sur le campus verdoyant de l’université catholique Andres Bello, situé en contrebas de La Vega, on ne trouve aucun étudiant pour défendre Chavez. «Nul besoin d’une réforme constitutionnelle ! Nous voulons de la sécurité, de la liberté, de l’emploi !», proclame une affiche à l’entrée de la cafétéria. Le divorce est total entre ces jeunes issus des classes moyennes, qui ne rêvent que d’une carrière normale dans le secteur privé, et leurs compatriotes «révolutionnaires» qu’on rencontre à l’état-major du  frente («front de jeunesse») Francisco de Miranda. Dans cette ancienne caserne, se côtoient militants en chemise rouge et réservistes en treillis vert des unités de défense territoriale «anti-impérialistes», pour lesquels Chavez a acheté 100 000 kalachnikovs. Tous ont fait des séjours à Cuba, dont ils vantent la «remarquable organisation sociale». Responsable du programme de «conscientisation» des enseignants de la mission Robinson, Lénine (sic) Medina, 27 ans, vante l’édification en douceur, sans usage de la contrainte, d’une société nouvelle, «où les intérêts de la communauté l’emporteront enfin sur ceux de l’individu».

Le pays court-il vers un modèle cubain ? Si l’on oublie ses excès rhétoriques, Chavez n’a pas franchi la ligne rouge. Au Venezuela, il n’y a ni prisonnier politique ni nationalisations affectant les PME. «Mais, s’alarme Adolfo Tayardhat, ancien ambassadeur à l’ONU, il la franchira allègrement le jour où sa Constitution sera adoptée !»

 





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