Ingrid Betancourt Six ans, quatre mois et neuf jours

Por Venezuela Real - 3 de Julio, 2008, 19:58, Categoría: Prensa Internacional

Le Monde - France
Juillet 03, 2008

Betancourt Six ans, quatre mois et neuf jours La Franco-Colombienne était séquestrée par les FARC depuis le 23 février 2002. Ses compagnons de détention ont raconté l'enfer vécu par celle qui a tenté de s'échapper cinq fois

Le 23 février 2002, la vie d'Ingrid Betancourt basculait. La candidate à l'élection présidentielle troquait débats, cocktails et caméras pour une paillasse, des barbelés et d'interminables marches dans la jungle boueuse. Son calvaire aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) aura duré plus de six ans.

Pendant tout ce temps, seules trois vidéos de la captive ont été diffusées par ses gardiens. En juillet 2002, puis en août 2003, Ingrid y flottait dans un treillis vert olive, déjà amaigrie. Mais le ton n'avait rien perdu de sa hardiesse. Puis le silence s'est installé, " un silence à devenir fou ", selon le mari d'Ingrid, Juan Carlos Lecompte. En novembre 2007, l'armée intercepte la troisième preuve de vie. L'image de l'otage, muette et décharnée, a fait le tour du monde. Sa lettre pathétique a remué les consciences.

Les témoignages d'otages libérés disent l'enfer qu'a vécu cette femme aujourd'hui âgée de 46 ans. En avril 2007, un jeune policier réussit à échapper aux guérilleros, après plus de huit ans de captivité. John Pinchao sera le premier à raconter le quotidien des otages dans la jungle, fait d'attente, d'ennui et de souffrances physiques, de tous petits plaisirs et d'infinies tristesses. Ingrid Betancourt a souffert d'une hépatite. Elle a tenté cinq fois de fuir. En représailles, la guérilla l'a enchaînée par le cou. " J'ai toujours évité d'imaginer les conditions de vie de ma femme. Je sais maintenant qu'elle vit comme un chien ", s'indignait alors Juan Carlos. Dans l'adversité, Ingrid fait preuve d'une incroyable force de caractère. Sa ténacité est devenue dignité face à ses ravisseurs. " Ingrid n'a jamais douté qu'elle serait un jour présidente de la République ", raconte John Pinchao. Le rescapé au regard de braise ne cache pas son admiration.

Mais six mois plus tard, c'est une femme détruite qui écrit à sa mère. " Ces six ans de captivité m'ont démontré que je ne suis pas aussi résistante, ni aussi courageuse, ni aussi intelligente que je le croyais. J'ai livré bataille. J'ai essayé de m'enfuir, j'ai tenté de garder espoir, de maintenir la tête hors de l'eau. Mais je m'avoue vaincue (...). Je suis fatiguée de souffrir, de me mentir à moi-même, de penser que cela va finir et de constater que chaque jour est semblable à l'enfer de la veille (...). Je ne mange plus. J'ai l'appétit bloqué. Mes cheveux tombent par poignées. Je n'ai plus envie de rien et je crois que c'est la seule chose bien qui m'arrive. C'est mieux ainsi, ne plus rien vouloir pour être libre au moins de désirs ", dit la lettre d'Ingrid.

Une mère reine de beauté, un père ambassadeur à l'Unesco, un premier époux français et diplomate : rien ne prédestinait Ingrid Betancourt au drame. Mais elle a choisi la politique dans un pays meurtri et meurtrier, sa Colombie adorée, qu'elle a cru pouvoir tirer d'affaire.

Après des études parisiennes à Sciences Po - où elle fait la connaissance de Dominique de Villepin -, un bref mariage avec le Français Fabrice Delloye et la naissance de deux enfants, la jeune femme rentre au pays à la fin des années 1980. Luis Carlos Galan, le président qui incarnait la promesse d'une nouvelle génération politique, vient d'être assassiné. Ingrid est bouleversée. Elle accepte un premier poste au ministère des finances, le temps de mûrir son projet politique.

A Bogota, son nom ouvre des portes. Son culot de jeune fille élevée en Europe, sa présence médiatique et son courage feront le reste. En 1994, pour se faire connaître du grand public, elle distribue dans les embouteillages de la ville des préservatifs, symbole de la lutte contre " le sida de la corruption ". Elue députée, elle déploie ses talents d'oratrice contre le président Ernesto Samper, dont la mafia a financé la campagne. Aux premières menaces de mort, elle envoie ses enfants vivre à l'autre bout du monde avec leur père. En 1998, Ingrid entre brillamment au Sénat.

Elle choisit de raconter en France son combat contre la corruption. La cause est universelle, et son autobiographie, La Rage au coeur (éditions Xo, 2001), est un succès. Les Français tombent sous le charme, mais, en Colombie, le livre agace. Pour se donner le beau rôle, Ingrid a pris le risque de dénigrer la classe politique de son pays. Nombre de ses compatriotes ne le lui pardonnent pas.

L'année suivante, la jeune femme décide de briguer la présidence. Elle a depuis longtemps claqué la porte du vieux Parti libéral pour créer sa propre formation, Oxygène vert. Ingrid a découvert l'écologie politique à l'occasion d'une rencontre avec les Verts français. Son discours se structure.

Mais elle peine à se défaire de son image de fille à papa contestataire : malgré une excellente campagne électorale, les intentions de vote ne dépasseront jamais 2 %.


Le 20 février 2002, le gouvernement d'Andrés Pastrana met fin au processus de paix engagé avec les FARC. Pendant trois ans, sous prétexte de négocier la paix, les guérilleros ont régné en maître dans la région du Caguan, au sud du pays. Trois jours plus tôt, Ingrid Betancourt les y a rencontrés. Avec courage, devant les caméras de télévision, elle leur a lancé : " Qu'avez-vous fait de votre idéal ? Est-ce pour vendre de la cocaïne que vous avez décidé de prendre les armes ? " Les guérilleros ont écouté, silencieux. Puis ils ont plaisanté avec Ingrid, le temps d'un café.

Le gouvernement donne ordre à l'armée de reconquérir le Caguan. Ingrid, elle, veut manifester son engagement pour la paix. Elle décide de rejoindre San Vicente del Caguan et embarque dans l'aventure sa chef de campagne, Clara Rojas. Les deux jeunes femmes prennent la route, contre l'avis de l'armée et de la police. Ses proches y voient du courage, ses compatriotes de l'inconscience. Séquestrées à un barrage, Ingrid et Clara rejoignent le groupe des " prisonniers de guerre " que les FARC veulent troquer contre leurs propres prisonniers. Ces otages dits politiques seront au total plus de soixante-dix. Vingt-deux d'entre eux mourront en captivité.

Dans un pays où les assassinats politiques sont quotidiens, où des centaines de milliers de paysans ont été déplacés par la violence, le drame des otages pèse peu. Arrivé au pouvoir en août 2002, Alvaro Uribe fait lui aussi la sourde oreille. La mère d'Ingrid, Yolanda Pulecio, et Juan Carlos Lecompte, son mari, le prennent en haine. A Paris, les enfants d'Ingrid, Mélanie et Lorenzo, ainsi que leur père, Fabrice Delloye, tentent de mobiliser l'opinion publique et le Quai d'Orsay.

Des comités de soutien sont créés un peu partout dans l'Hexagone. La photo d'Ingrid est placardée sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris. Mais, perdus dans la montagne ou dans la jungle, les FARC n'en ont que faire. Ces paysans armés qui ont pris le maquis il y a quarante ans ont le temps pour eux. L'organisation maintient une discipline stalinienne et un hermétisme à toute épreuve. La radio est le seul lien des otages avec le monde extérieur. Des programmes permettent aux familles d'envoyer des messages aux otages. Tous les matins, à l'aube, Yolanda Pulecio appelle. " Ma petite fille, je pense à toi, je sais que tu es forte... " Combien de fois la mère d'Ingrid a-t-elle prononcé ces mots ? Combien de fois, en écoutant les actualités, Ingrid a-t-elle repris espoir ?
En vain. Ni la guérilla ni le gouvernement ne semblent désireux de négocier. Fort de ses succès militaires et soutenu par la majorité de ses compatriotes, le président Alvaro Uribe alterne discours guerrier et gestes apparents de bonne volonté. Mais jamais cet homme - dont le père a été assassiné par les FARC - ne cède sur l'essentiel, à savoir la démilitarisation de Pradera et Florida. Pour entamer des pourparlers, la guérilla demande que l'armée se retire de ces deux municipalités dans le sud-ouest du pays.

Non sans cynisme, et avec un certain succès, les guérilleros tentent, eux, de faire porter au gouvernement la responsabilité de la situation. " L'échange humanitaire n'est pour les guérilleros qu'un prétexte. Ce qu'ils veulent, c'est être reconnus comme une armée insurrectionnelle capable de négocier sur un pied d'égalité avec le gouvernement ", rappelle l'analyste Alfredo Rangel. Les FARC ne veulent ni argent, ni armes, ni accord négocié en secret.

La France, qui ne ménage pas ses efforts pour obtenir la libération d'Ingrid, a la tâche difficile. Paris n'a rien à offrir. En juillet 2003, une rocambolesque tentative de libération tourne au ridicule. Un avion Hercule affrété par le gouvernement français rentre bredouille de la jungle. Malgré les démentis mutuels, le malaise diplomatique s'installe. Le gouvernement colombien comprend mal l'intérêt de Paris pour Ingrid Betancourt et s'agace de l'ingérence française. L'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy - sensible aux arguments sécuritaires de son homologue colombien - ne change pas fondamentalement la donne.

Comme la famille Betancourt, le gouvernement français a toujours craint une action militaire qui mettrait en danger la vie des otages. En avril 2003, un raid mené par l'armée colombienne a mal tourné. La guérilla, qui avait toujours menacé d'exécuter ses otages plutôt que de les libérer, est passée à l'action, assassinant dix d'entre eux de sang-froid. En juin 2007, onze députés sont à leur tour exécutés, dans des conditions qui n'ont jamais été éclaircies.

Ingrid Betancourt exprime pour la France une immense reconnaissance. " Mon coeur appartient à la France. Ma douce France qui m'a tant donné (...). Depuis le début de cet enlèvement, la France a été la voix de la sagesse et l'amour. Elle ne s'est jamais avouée vaincue. Elle n'a jamais accepté le temps qui passe comme seule solution, elle n'a jamais renoncé à défendre nos droits. Dans la nuit obscure, la France a été la lumière ", écrit-elle dans sa dernière lettre.
Mais c'est finalement la brève médiation du président vénézuélien, Hugo Chavez, qui fait bouger les choses. Pendant quelques semaines tout au moins. En janvier, les FARC acceptent ainsi de livrer à Caracas deux otages civils, puis quatre autres un mois plus tard. Celle qui fut la collaboratrice d'Ingrid, Clara Rojas, retrouve la liberté avec son fils Emmanuel, né en captivité.
Puis cette période d'espoir se referme brusquement avec la mort de deux des principaux dirigeants des FARC. Le 1er mars, Raul Reyes, le numéro deux de la guérilla, est tué en Equateur par un raid aérien de l'armée colombienne. Principal interlocuteur de Paris, il préparait alors, selon la guérilla, une rencontre avec Nicolas Sarkozy. Cette attaque saluée en Colombie provoque la colère de Quito et de Caracas. Elle hypothèque aussi les efforts des médiateurs. Un Falcon de la République française positionné pendant deux jours, fin mars, en Guyane repart bredouille. Et le 8 avril, les FARC rejettent une mission humanitaire envoyée par Paris pour tenter de récupérer Ingrid Betancourt.

Aussi, lorsque les guérilleros confirment, le 25 mai, la mort de leur chef historique, Manuel Marulanda - qui aurait succombé à un arrêt cardiaque deux mois auparavant dans la jungle -, chacun s'interroge sur l'attitude que son successeur, Alfonso Cano, adoptera vis-à-vis des otages. A ceux qui le perçoivent comme le plus politique des chefs guérilleros, plus ouvert au dialogue que Marulanda, d'autres rétorquent que la fragilisation militaire des FARC peut aussi conduire à leur radicalisation. Aux yeux des guérilleros, la " valeur marchande " de la plus médiatique des otages ne plaide pas alors en faveur de sa libération rapide. C'est d'ailleurs une opération de l'armée colombienne, et non une négociation, qui aboutit, mercredi 2 juillet, à la libération d'Ingrid Betancourt, ainsi que de trois autres otages américains et de onze militaires colombiens.

L'ex-parlementaire Luis Eladio Perez, libéré fin février, avait été le dernier à témoigner de l'état de santé d'Ingrid avant sa libération. Ils ont passé plus de trois ans ensemble, avant d'être séparés en août 2007. " Il a été mon soutien, mon rempart, mon frère ", avait écrit Ingrid dans la lettre à sa mère. Le 4 février, Luis Eladio avait pu, une dernière fois, échanger quelques mots avec Ingrid, " très très dégradée ". Elle lui avait dit : " Profites-en, profites-en bien, de chaque minute de liberté. " Mercredi, rayonnante dans les bras de sa mère, sur le tarmac de l'aéroport de Bogota, Ingrid Betancourt avait commencé à s'appliquer ce conseil à elle-même.





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